Cours de phonétique internationale

 

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Introduction

La phonétique est le domaine de la linguistique qui a pour objet l’étude des langues naturelles dans leur dimension sonore : elle cherche à décrire les sons dans toute leur diversité (voyelles, consonnes, syllabes, faits prosodiques tels que l’intonation, l’accentuation et le rythme), en s’attachant à rendre compte de la production de la parole (les faits articulatoires), des phénomènes acoustiques (les caractéristiques physiques des phénomènes vibratoires qui se propagent dans l’air) et des faits de perception (la manière dont le cerveau analyse les informations auditives transmises par l’oreille).

Paradoxalement, bien que nous passions quotidiennement beaucoup plus de temps à parler qu’à écrire, c’est notre connaissance de l’écriture, essentiellement transmise par l’école, qui façonne le plus sûrement notre conception de la langue française. C’est ainsi qu’à la question « combien y a-t-il de voyelles en français ? », la plupart d’entre nous seraient tentés de répondre qu’il y en a six : a, e, i, o, u, y. Mais cette réponse ne concerne évidemment que les lettres qui notent des voyelles, et nullement les voyelles que l’on prononce effectivement lorsqu’on parle, qui sont, elles, nettement plus nombreuses. De même, si l’on estime qu’il y a trois consonnes dans banc, c’est encore pour des raisons purement graphiques : on écrit certes trois consonnes, mais on n’en prononce qu’une : le [b] initial. Ainsi, découvrir le français sous son aspect sonore est un exercice qui paraîtra à beaucoup assez nouveau, car cela demande un effort singulier que de réfléchir à l’organisation de sa langue en faisant abstraction des principes orthographiques en jeu dans l’écriture.

Pourtant, cet effort se révèle essentiel dans certains domaines, comme le savent ceux qui ont reçu un enseignement de phonétique corrective au cours de l’apprentissage d’une langue étrangère. Les préoccupations liées à l’enseignement des langues ont d’ailleurs grandement contribué au développement de la phonétique dès la fin du XIXe siècle : de nombreux chercheurs, réunis au sein de l’Association Phonétique Internationale, ont entrepris l’élaboration d’un système de notation phonétique totalement indépendant de l’écriture orthographique (l’Alphabet Phonétique International) afin d’améliorer l’enseignement des langues vivantes.
L’importance d’une connaissance en phonétique est également essentielle pour l’enseignement du français comme langue maternelle : d’une part, pour préparer les très jeunes enfants à la découverte ultérieure de l’écrit, il appartient aux maîtres de les sensibiliser de façon précoce aux sonorités de la langue, ce qui suppose de la part de tout enseignant une bonne connaissance du système phonétique français. Par ailleurs, si l’orthographe française apparaît compliquée, c’est –comme on l’a dit plus haut- parce que les lettres qui composent les mots écrits sont loin de refléter de manière univoque les unités sonores. Une bonne connaissance du phonétisme permettra donc de saisir de façon précise la distance séparant les faits phoniques des faits graphiques, et de mieux comprendre certaines des difficultés que pose l’acquisition de l’orthographe.

Les sciences phonétiques interviennent également de façon cruciale dans les technologies de la parole. Le rêve de faire parler les machines n’est pas nouveau : dès le XVIIIe siècle, plusieurs savants européens inventèrent des machines composées de divers soufflets, leviers et valves qui étaient supposées capables de prononcer de courtes phrases (de manière très approximative, il est vrai !). Depuis plus d’un demi-siècle, le savoir scientifique sur les sons de la parole a beaucoup progressé grâce au travail des linguistes et des ingénieurs en télécommunication, qui ont tiré parti du développement d’outils informatiques toujours plus puissants. L’élaboration de « machines parlantes » est l’un des objectifs des chercheurs en communication homme-machine, qui s’appliquent à développer des systèmes de synthèse de la parole permettant de transformer automatiquement un texte écrit en message oral. Les meilleurs de ces systèmes sont non seulement intelligibles, mais doivent également reproduire la voix de façon naturelle, avec une intonation et un rythme suffisamment mélodieux pour

ne pas trop heurter l’oreille humaine2. Le second versant de recherche dans les technologies de la parole est celui de la reconnaissance automatique de la parole, qui permet d’effectuer certaines tâches en remplaçant la commande manuelle (appuyer sur des boutons, taper sur un clavier) par la commande vocale (demander à une machine de se mettre en marche, par exemple). Dans le domaine des télécommunications, de nombreux serveurs d’information ou de réservation utilisent de telles techniques.

De manière plus générale, une connaissance en phonétique est essentielle à tout étudiant, littéraire ou scientifique, intéressé par le fonctionnement du langage : l’étude de la parole a acquis une grande importance, tout au long du XXe siècle, conjointement à l’intérêt croissant des linguistes pour la description des langues parlées. Cela a notamment été le cas dès les années 20, quand il a fallu donner une description de langues sans écritures, comme les langues indiennes d’Amérique par exemple, dans lesquelles l’inventaire des sons restait à établir. Pour une langue à forte tradition écrite comme le français, de nombreuses recherches sont menées depuis plusieurs dizaines d’années sur la communication par la parole : étude de la forme que prennent les mots à l’oral, structures grammaticales utilisées dans la langue parlée, analyse des conversations… Dans tous ces domaines, une connaissance de l’aspect phonique de la langue est indispensable.

Prenons en exemple la notion de mot : il est évident que notre connaissance de l’écriture pourrait nous faire penser qu’un mot est la plupart du temps une unité stable, ne possédant qu’une forme correcte et une seule : « gros » s’écrit « g-r-o-s », et « dix », « d-i-x ». Si l’on se tourne à présent vers la prononciation, on constate qu’en fait ce que l’écriture nous présente comme une forme fixe est susceptible de varier à l’oral en fonction de la nature du mot qui suit : selon que je prononce de gros problèmes ou de gros ennuis, l’adjectif prendra soit la forme [gRo], soit la forme [gRoz] ; même chose avec dix, qui sera prononcé [di] dans dix minutes, et [diz] dans dix heures.

Source : Frédéric Sabio

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