Alcina – G.F Haendel

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Compositeur Georg Friedrich Haendel
Librettiste inspiré de l’Orlando furioso (1516) -chants VI et VII- de L’Arioste
Genre Opéra en 3 actes
Création à Londres le 16 avril 1735
Personnages Alcina, magicienne (soprano), Ruggiero, chevalier (soprano castrat), Morgana, sœur d’Alcina (soprano), Bradamante, épouse de Ruggiero, travestie sous le nom de Ricciardo (contralto), Oronte, général d’Alcina (ténor), Melisso, gouverneur de Bradamante (basse), Oberto, fils du paladin Astolfo (soprano)
Argument

L’enchanteresse Alcina attire les hommes sur son île magique où elle les transforme en rochers, ruisseaux ou bêtes sauvages. Elle tient ainsi en son pouvoir le chevalier Ruggiero, mais pour la première fois, en est tombée amoureuse. Bradamante, la fiancée de Ruggiero, qui voyage à sa recherche en se faisant passer pour Ricciardo, accompagnée de Melisso, ancien tuteur de Ruggiero, débarque dans l’île d’Alcina. Elle est accueillie au palais par Morgana, sœur d’Alcina, promise à Oronte, chef des armées de la magicienne, qui s’éprend du pseudo Ricciardo. Oronte s’en aperçoit et convainc Ruggiero qu’Alcina est amoureuse de Ricciardo. Melisso délivre Ruggiero du pouvoir où le tient Alcina, et feint d’être toujours amoureux d’Alcina. Ruggiero prépare sa fuite avec Bradamante, et Alcina, qui a perdu ses pouvoirs, ne peut s’y opposer. Les hommes ensorcelés retrouvent leur forme originelle.

Acte I

L’opéra s’ouvre sur l’arrivée de Bradamante, vêtue en guerrier, déguisée en son propre frère « Ricciardo », et de Melisso, son ancien tuteur, également en tenue de guerre, qui ont échoué sur le rivage. À l’aide d’un anneau magique, ils ont l’intention de briser le sortilège qui lie Ruggiero à Alcina et de délivrer tous les autres captifs qui ont subi diverses transformations. Bradamante et Melisso sont accueillis par la sœur d’Alcina, Morgana (elle aussi magicienne) et font semblant de s’être égarés. Morgana tombe immédiatement amoureuse de « Ricciardo » (en fait, Bradamante), bien qu’elle soit elle-même fiancée à Oronte, le commandant des forces d’Alcina.
Soudain, sous la foudre et les coups de tonnerre, la montagne s’écroule et s’ouvre de tous côtés ; disparaissant, elle fait place au délicieux palais d’Alcina, où cette dernière, à sa toilette, est assise près de Ruggiero, lequel lui présente un miroir. Le jeune Oberto se tient sur le côté, et des pages et des demoiselles apprêtent pour Alcina divers vêtements. De jeunes chevaliers et des dames, couronnées de fleurs, foorment le chœur et dansent

La scène suivante se déroule dans le palais d’Alcina, où elle règne dans le faste et la splendeur. Elle y accueille ces étrangers et expose avec exubérance son amour pour Ruggiero, puis le prie de montrer son palais et ses terres à ses invités. Lorsqu’elle est partie, un jeune homme nommé Oberto demande à Melisso et à Bradamante de l’aider à retrouver son père, Astolfo; bien qu’Oberto l’ignore, ceux-ci sont persuadés que son père a été transformé en un animal sauvage, comme bien d’autres captifs. Lorsque Melisso et Bradamante se retrouvent seuls avec Ruggiero, ils l’accusent de les avoir abandonnés, mais celui-ci les traite avec mépris, déclare qu’il ne vit que pour le retour d’Alcina et s’en va. Entre-temps, Oronte – le fiancé de Morgana – a découvert la nouvelle passion de celle-ci pour « Ricciardo » et le provoque en duel. Morgana se précipite pour s’interposer, repoussant dédaigneusement Oronte et défendant « Ricciardo ». Morgana confirme à Oronte qu’elle le quitte.

Une chambre donnant dans les appartements d’Alcina

Oronte rencontre Ruggiero, toujours à la recherche d’Alcina. D’humeur agressive, il décide de lui révéler la façon dont Alcina a traité ses anciens amoureux. Devant le refus de Ruggiero de croire en son infidélité, Oronte tente de le convaincre en inventant une passion de la part d’Alcina pour « Ricciardo ». Lorsqu’il la retrouve, Ruggiero lui demande des explications, mais elle nie fermement cette nouvelle passion et réaffirme son amour pour Ruggiero. Devant l’attitude de Ruggiero, Alcina proteste de sa fidélité. Après le départ d’Alcina, Bradamante ne peut résister à l’envie de révéler sa véritable identité à Ruggiero, ce que Melisso s’empresse de nier. Ruggiero choisit de le croire, et présumant que « Ricciardo » essaie de dissimuler son amour pour Alcina, s’enorgueillit d’être le seul à bénéficier de ses faveurs avant de quitter la scène. Morgana apparaît alors et annonce qu’Alcina a l’intention de prouver son amour pour Ruggiero en transformant « Ricciardo » en une bête sauvage. Morgana « le » presse de s’enfuir, mais « Ricciardo » lui demande de retourner voir Alcina et de lui dire qu’il ne peut l’aimer, puisque son cœur appartient à quelqu’un d’autre. Morgana croit que c’est elle dont il s’agit ; Bradamante ne l’en dissuade pas et se retire. Le premier acte se termine, Morgana se réjouissant de l’amour que lui porte « Ricciardo » (air Tornami a vagheggiar)

Acte II

Riche et majestueuse salle dans le palais enchanté d’Alcina

Ruggiero s’aperçoit très rapidement qu’il est victime d’un sortilège. Après s’être lamenté sur l’absence d’Alcina, il est mis en présence de Melisso, déguisé en son ancien tuteur, Atlante. Celui-ci lui rappelle sévèrement son devoir et lui met l’anneau magique au doigt : l’île apparaît alors telle qu’elle est réellement, dénuée de splendeur ou de magnificence. Ruggiero ressent immédiatement le désir de revoir Bradamante afin de réparer le dommage causé par Alcina. Reprenant alors sa véritable apparence, Melisso lui fait part de son plan pour s’échapper : Ruggiero devra revêtir son armure, prétendre qu’il veut aller chasser dans la forêt et en profiter pour s’enfuir. Mais bien que le charme que lui a jeté Alcina n’opère plus, il se méfie encore d’elle : lorsqu’il rencontre à nouveau Bradamante, il ne peut être certain qu’il ne s’agit pas d’Alcina déguisée. Bradamante est désespérée. Une fois seul Ruggiero craint pour l’avenir: si après tout il s’agissait bien d’elle et qu’il ne l’ait pas crue une seconde fois.

Lieu conduisant aux appartements royaux. Au centre, une statue de Circé qui change les hommes en bêtes
Morgana intervient au moment où Alcina s’apprête à prononcer la formule magique qui transformera Bradamante en une bête sauvage; elle est suivie par Ruggiero : sans révéler à Alcina qu’il ne l’aime plus, il la persuade qu’il n’est pas nécessaire de lui prouver son amour d’une façon aussi brutale. Il arrive alors à la convaincre de le laisser partir à la chasse. Oberto apparaît, se lamentant toujours sur la disparition de son père ; il finit par émouvoir Alcina qui lui donne un espoir de le retrouver. Oronte annonce alors à Alcina que Ruggiero, Melisso et Bradamante ont l’intention de s’enfuir ; elle déplore son destin. Bien qu’Oronte se moque sarcastiquement de Morgana, que « Ricciardo » a abandonnée, celle-ci refuse de le croire. Même délaissé, Oronte ne peut s’empêcher d’aimer Morgana. Bradamante et Ruggiero sont enfin réunis, mais Morgana surprend leur conversation : elle est outrée de découvrir que « Ricciardo » n’est autre que Bradamante et que Ruggiero a trahi Alcina.

Salle souterraine consacrée à la magie, où l’on voit divers instruments et figures relevant de cet art

Le second acte se termine sur les imprécations d’Alcina appelant ses esprits à empêcher la fuite de Ruggiero, ses efforts restent vains et elle jette sa baguette magique de désespoir. Divers esprits et spectres se manifestent alors et forment une danse (air Ombre pallide)

Acte III

Atrium du palais

Morgana s’efforce de regagner les faveurs d’Oronte, mais celui-ci la repousse, comme il avait juré de le faire. Pourtant, lorsqu’elle est partie, il admet qu’il l’aime encore. Ruggiero et Alcina se rencontrent par hasard : elle exige de savoir pourquoi il veut la quitter. Lorsqu’il lui dit qu’il doit retourner vers ses obligations et sa fiancée, elle le congédie avec mépris, jurant de se venger. Melisso, Bradamante et Ruggiero se préparent alors à mettre les forces d’Alcina en déroute à l’aide de l’anneau magique et du bouclier. Bradamante jure de ne pas quitter l’île avant que toutes les victimes d’Alcina n’aient été libérées. Oronte informe Alcina que sa flotte a bel et bien été vaincue par Ruggiero ; en aparté, il exprime sa satisfaction de voir qu’elle va enfin payer cher ses cruautés. Celle-ci, désespérée, souhaite ardemment qu’on l’oublie.

Vue sur le merveilleux palais d’Alcina, entouré d’arbres, de statues, d’obélisques, de trophées et de cages où l’on voit tourner des bêtes fauves ; au centre, surélevée, une urne qui renferme la puissance des enchantements d’Alcina

Lorsqu’Oberto rappelle à Alcina sa promesse de l’aider à retrouver son père, elle fait vicieusement sortir un lion de sa cage et donne un poignard à Oberto, lui ordonnant de le tuer. Mais celui-ci refuse, devinant qu’il doit s’agir de son père, et se retourne contre Alcina qu’il menace avant de partir avec son poignard. Alcina tente encore de séduire Ruggiero, mais ni celui-ci, ni Bradamante ne sont dupes. Ruggiero et Bradamante s’approchent de l’urne, source de tous les pouvoirs magiques d’Alcina, décidés à la détruire. Essayant de les en empêcher, Alcina nie toute intention mauvaise, jurant qu’elle ne souhaite que leur bonheur. Melisso incite Ruggiero à détruire l’urne. Ruggiero la brise. Alcina et Morgana s’enfuient alors précipitamment, se lamentant sur leur destin. Les pouvoirs magiques d’Alcina étant détruits, son palais s’effondre en ruines, submergé par les eaux. Les anciens amoureux qu’elle avait ensorcelés retrouvent leur forme humaine, Oberto et Astolfo sont à nouveau réunis et tous chantent leur soulagement et leur joie.

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Georg Friedrich Haendel


Georg Friedrich Haendel (23 février 1685, Halle – 14 avril 1759, Londres) fut un compositeur d’origine allemande, naturalisé britannique. Devenu citoyen britannique il se nommait lui-même George Frideric Handel.
Son nom connaît plusieurs graphies : en allemand, Händel peut (en transcription du umlaut) aussi s’écrire Haendel (orthographe souvent préférée en français) et, après son installation en Angleterre, l’intéressé l’écrivait sans tréma : Handel, qui est la manière retenue par les anglophones.

Son père, Georg Händel, né en 1622, était un chirurgien-barbier de confession luthérienne 2 qui, devenu veuf en 1682, se remaria l’année suivante avec Dorothea Taust, fille d’un pasteur de trente ans plus jeune que lui. Georg Friedrich fut leur premier enfant, aîné de deux sœurs, Dorothea Sophia née en 1687 et Johnna Christiana, née en 1690. 3
Son père rêvait pour lui d’une carrière de juriste, quoique l’enfant montrât des dons précoces pour la musique. Au contraire, sa mère favorisait ses dispositions et sa tante lui offrit une épinette. À contrecœur, le père lui fit prendre des cours auprès de l’organiste Friedrich Wilhelm Zachow qui lui donna une éducation musicale complète ; il apprit à jouer du clavecin, de l’orgue, du violon, du hautbois. Il se mit très tôt à composer des œuvres instrumentales et vocales.

En 1697, un séjour à Berlin le mit en contact avec la cour du roi de Prusse qui reconut ses dispositions pour la musique, mais il revint à Halle à la demande de son père, qui mourut quatre jours avant son retour. Pour respecter la volonté paternelle, il poursuivit ses études juridiques, tout en continuant sa pratique musicale.
Vers 1702, il fut engagé à la cathédrale de Halle en qualité d’organiste titulaire, et se lia avec Georg Philipp Telemann qui se rendait à Leipzig et fit étape à Halle, d’une amitié durable.

Il demeura peu de temps à ce poste qu’il quitta pour s’installer à Hambourg, centre musical le plus important de l’Allemagne du Nord, et qui possédait un opéra renommé, l’opéra am Gänsemarkt sous la direction de Reinhard Keiser – Haendel y fut engagé en tant que claveciniste et y prit contact avec l’opéra italien. Il y donna des cours, rencontra Johann Mattheson, son aîné de quatre ans, qui était déjà un musicien notoire et dont il devint l’ami fidèle – malgré quelques épisodes orageux. Ensemble, ils allèrent à Lübeck entendre et rencontrer le fameux Dietrich Buxtehude, puis revinrent à Hambourg. Mattheson lui ouvrit de nombreuses portes, tous deux échangeaient leurs conseils et Händel put, entre autres, faire représenter ses deux premiers opéras, Almira et Nero. Ce fut aussi à Hambourg que Haendel lia connaissance, grâce à l’entregent de Mattheson, avec des diplomates britanniques. Le séjour à Hambourg fut donc déterminant pour la carrière du musicien, qui serait quelques années plus tard un des principaux promoteurs de l’opéra italien en Angleterre.

En 1706, sur la suggestion du prince Gian Gastone de Médicis, il partit pour l’Italie où il passa trois ans. Ce séjour fut décisif dans l’évolution de son style et de sa carrière ; Florence, Rome, Naples, Venise furent les villes où il parvint à se faire une grande réputation, tant comme instrumentiste (à l’orgue, au clavecin, au violon) que comme compositeur d’œuvres sacrées ou profanes très remarquées (le psaume Dixit Dominus, l’oratorio la Resurrezione, les opéras Rodrigo, Agrippina, des dizaines de cantates italiennes, etc.) Ce voyage fut l’occasion pour lui de côtoyer de nombreux musiciens célèbres : Bernardo Pasquini, Giovanni Bononcini, Arcangelo Corelli, Alessandro et Domenico Scarlatti : avec ce dernier, il participa à une joute musicale à l’orgue et au clavecin : il fut reconnu supérieur à Scarlatti pour le jeu de l’orgue et les deux musiciens firent jeu égal au clavecin. Néanmoins, les deux musiciens conclurent amitié. Haendel resta marqué pendant tout le reste de son existence par ces années de jeunesse qu’il avait passés dans la « patrie » de la musique et par l’influence profonde qu’avaient exercée sur lui les compositeurs majeurs que sont Corelli (dont il se souviendrait dans ses sonates pour violon, ses concertos grossos) et Alessandro Scarlatti, le maître de l’opéra napolitain.

Au début de 1710, il abandonna Venise pour Hanovre où l’on lui avait proposé le poste de maître de chapelle de l’Électeur Georg Ludwig. À peine arrivé, il demanda un congé pour se rendre à Londres : la Grande-Bretagne qui n’avait plus de grand compositeur depuis la mort de l’Anglais Purcell attirait beaucoup de musiciens continentaux formés à la musique italienne. Il y fit jouer plusieurs de ses œuvres qui furent accueillies bienveillamment. Il retourna à son poste à Hanovre, tout en restant en contact avec les nombreuses relations qu’il avait nouées à Londres. Enfin, en 1712, il demanda un nouveau congé temporaire pour retourner à Londres : les circonstances firent qu’il s’y établit définitivement. Les succès remportés auprès du public, de l’aristocratie et de la Cour le conduisirent en effet à rester à Londres au-delà du terme fixé et – le savait-il ? – de manière définitive.

Cette « désertion » aurait pu lui porter préjudice, car, à la mort de la reine Anne en 1714, ce fut précisément son cousin éloigné l’Électeur de Hanovre, héritier de la dynastie Stuart par sa mère, qui devint roi de Grande-Bretagne sous le nom de George Ier. Mais celui-ci ne gardait point rancune à son maître de chapelle et lui conserva son poste et sa pension4.
Haendel, qui ne fonda jamais de famille, fut naturalisé britannique en 1726. Les premières années de son installation en Angleterre virent la composition de nombreuses œuvres, pour l’opéra ou les instruments, en particulier les trois suites de la fameuse Water Music (1717), des concertos, les huit suites pour clavecin (1720). Vers 1717 ou 1718, il s’installa pour deux ans chez un mécène fastueux, le duc de Chandos. Il y composa les Chandos anthems.
Puis il participa à partir de 1719 à la création de la Royal Academy of Music, société dont le but était de monter des opéras à Londres au Haymarket Theater. Il en fut le directeur musical et se rendit sur le continent pour embaucher des chanteurs de talent. Après des débuts triomphants, Haendel affronta la venue d’un rival qu’il avait bien connu en Italie : Giovanni Bononcini5. La concurrence fut vive, Haendel produisant à cette époque de nombreux chefs-d’œuvre (notamment Giulio Cesare, Tamerlano, Rodelinda) et tourna à son avantage avant que les difficultés financières ne s’accumulassent, entraînant la fermeture de l’Academy à la fin de la neuvième saison. En 1727, Haendel composa la musique de couronnement du nouveau roi George II (Coronation anthems).

Il remonta en 1729, presque seul, une seconde académie qui fonctionna jusqu’en 1732, avant de sombrer elle aussi dans les difficultés financières bien qu’il multipliât créations et reprises d’œuvres déjà consacrées. Ce fut en 1730 qu’il retourna à Halle pour y voir une dernière fois sa mère, qui mourut peu de temps après. Ayant appris sa présence non loin de Leipzig, Jean-Sébastien Bach lui fit invitation à venir le voir par l’entremise de son fils aîné, Wilhelm Friedemann qui était alors installé à Halle. Cependant, les deux grands compositeurs ne se connurent jamais. Du début des années 1730 datent les premières réalisations de Haendel dans le domaine de l’oratorio en anglais.
En 1733, il fonda une troisième Academy qui ne dura que trois ans, nonobstant l’énergie dépensée par le compositeur pour multiplier les nouvelles créations qui obtenaient parfois de grands succès. Il fut en effet confronté à la concurrence du Nobility Opera, animé par deux compositeurs, Hasse et Porpora. Difficultés financières, mésententes entre artistes, coteries provoquèrent la fin de cette entreprise de même que celle du Nobility Opera. Le surmenage fut sans doute la cause d’un premier accident de santé (crise d’apoplexie ?) qui le paralysa partiellement et l’atteignit moralement, mais il se rétablit très rapidement après une cure thermale à Aix-la-Chapelle. À cette époque (1737) décéda la reine Caroline, qui l’avait connu enfant à Berlin et qui avait été un soutien fidèle ; ce décès le toucha profondément ; il compose un Funeral Anthem en son hommage.

Haendel était doté d’une énergie farouche et d’une santé indéfectible. Il continua à composer, à exécuter et faire représenter des opéras, des concertos grossos, et il commença à exploiter la veine des oratorios, avec Saül et Israel in Egypt. En intermède de ses oratorios, il exécuta ses concertos pour orgue, forme originale qu’il mit au point. Ses concertos lui valurent un vif succès. Ils sont au nombre de seize, dont les six premiers furent publiés en 1738 sous le titre d’opus 4. L’opus 7, qui en rassemble six autres, fut publié en 1760 après la mort du compositeur. Ce fut en 1741 que Haendel produisit son dernier opéra, Deidamia. Dorénavant il consacra sa production lyrique à l’oratorio et écrivit coup sur coup Messiah (le Messie, un de ses plus grands chefs d’œuvre) en 24 jours et Samson puis se rendit, sur l’invitation du lord lieutenant d’Irlande, à Dublin où il séjourna pendant plusieurs mois, jusqu’en août 1742 et où ses œuvres eurent de très grands succès.
De retour à Londres, il se remit au travail de façon acharnée. Il subit une seconde attaque de paralysie dont il se remit à nouveau. Il continua à composer de nombreux chefs-d’œuvre, dans le domaine de l’oratorio comme dans la musique instrumentale. La Royal Fireworks Music est l’une de ses œuvres les plus connues et les plus populaires, à juste titre. Composée en 1749 pour célébrer le traité de paix mettant fin à la Guerre de succession d’Autriche, cette musique fastueuse est emblématique de l’art de Haendel. Elle se situe dans la tradition de l’école versaillaise de Jean-Baptiste Lully, Delalande, Mouret, Philidor et en constitue comme le couronnement par son caractère grandiose et solennel magnifiquement adapté à l’exécution en plein air. Les dernières œuvres furent, à nouveau, des oratorios, mais la santé du musicien déclinait malgré sa robuste constitution et les cures thermales. Il subit de nouvelles attaques paralysantes et devint aveugle après l’intervention ratée du meilleur spécialiste de l’époque, John Taylor, qui avait déjà opéré sans succès Jean-Sébastien Bach. Il continua malgré tout à s’intéresser à la vie musicale, et mourut le 14 avril 1759, jour du Samedi Saint. Il fut enterré à l’abbaye de Westminster, selon son désir.

 


 

 

 

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